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Thriller paranormal · Extrait offert

À la frontière des deux mondes

Alain Boulot

Une femme sans mémoire se réveille dans une grotte des calanques. Rien autour d’elle ne semble vouloir la laisser repartir.

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Dans son état, rien ne permet d’imaginer qu’elle verra le jour suivant, épuisée, transie de froid. Personne de raisonnable ne penserait le contraire. Pourtant aux premières lueurs du jour, elle est là, seule certes, mais toujours en vie ! Dans ce qui ressemble à des habits lui permettant de garder un semblant de dignité humaine, une robe déchirée, des bas souillés en partie filés et une seule chaussure. Ses longs cheveux désordonnés pendent comme des fils sur ses maigres épaules de jeune femme, le rosé de son teint est la seule couleur qui la distingue d’une morte. Au milieu de nulle part, sans papier ni argent, elle n’a plus que la nature comme repère. Autour d’elle, des cailloux et du sable, quelques bouts de bois échoués comme elle, restes d’un arbre mort depuis longtemps probablement. Et ce calme effrayant !

Encore trop faible pour recouvrer ses esprits, cet être presque vivant qui n’a pour l’instant qu’une étincelle de vie n’attend rien ni personne. Est-elle condamnée à attendre ? Attendre quoi, qui ? Aucune logique dans tout cela, il lui manque trop de repères. La seule chose à faire : ne rien faire, et c’est ce qu’elle fait, dans ce refuge sombre, humide et froid. Depuis combien de temps est-elle là ? Dans cette grotte des calanques de Marseille, appelée « La fille du vent ». Des heures, des jours peut-être. Pourquoi ? Que s’est-il passé, qu’est-il arrivé à cette pauvre femme ? Il y a bien une explication ?

Se retrouver dans cet état, seule, sans souvenirs, c’est bien la conséquence de quelque chose ! Elle est là, sans état d’âme, sans projection, sans désir de survie. Une sorte de résignation, un lâcher-prise comme ultime réflexe. Le temps n’est pas son problème, le lieu non plus. Quant à élaborer une stratégie… Pour cela, il faudrait se projeter dans le futur, elle en semble à mille lieux, immobile, son corps fatigué ne sert plus que de support à un esprit qui ne décide plus, n’analyse plus rien. Le programme est à l’arrêt, il manque des lignes de code, l’interprétation est impossible, la logique absente. Mais alors, s’il ne reste rien de logique… c’est le chaos total ? La seule solution est d’attendre la mort ? Même cette éventualité ne fait pas partie de ses projets, puisqu’elle n’a pas de plan, elle attend que les choses se passent sans espoir. A-t-elle le choix d’ailleurs ?